EcoVadis : comment l’expert-comptable aide ses clients PME à décrocher la médaille ?
En 2025, plus de 150 000 entreprises ont été évaluées sur la plateforme EcoVadis dans 180 pays, dont environ 1 400 grands donneurs d’ordre qui conditionnent leurs achats à un score RSE minimal. Pour une PME fournisseur de l’un de ces groupes, la demande d’évaluation arrive souvent sans prévenir : un mail, un délai serré, et un questionnaire de plusieurs dizaines de pages à compléter avec preuves à l’appui. Son réflexe ? Chercher quelqu’un qui « fait de la RSE » mais il se tourne rarement vers son expert-comptable et c’est une erreur.
Pourtant, le cabinet connaît déjà les flux, les contrats, les fournisseurs, la masse salariale. Il dispose d’une grande partie des données que l’évaluation EcoVadis va réclamer. Ce n’est donc pas une nouvelle compétence à acquérir. C’est une lecture différente de ce qui existe déjà. Ce qui manque, c’est la méthode. Cet article donne les clés pour comprendre ce qu’est EcoVadis, en quoi il se distingue des autres labels RSE, et comment structurer concrètement la mission d’accompagnement.
EcoVadis : une notation, pas une certification (et c’est toute la différence !)
La confusion est fréquente, et elle coûte du temps. EcoVadis n’est pas un organisme certificateur. La plateforme délivre une évaluation RSE qui aboutit à un score sur 100 et, selon le rang atteint parmi l’ensemble des entreprises évaluées, à une médaille Bronze, Argent, Or ou Platine.
Contrairement à un label normatif qui se décroche après un audit et se solde par un « certifié / non certifié », EcoVadis fonctionne différemment : c’est une évaluation documentaire comparative, fondée sur des preuves, qui positionne l’entreprise par rapport à ses pairs sectoriels et géographiques.
Cette nuance a une implication pratique directe : il n’y a pas de seuil fixe à atteindre. Depuis 2024, les médailles sont attribuées par percentiles dynamiques recalculés chaque année : Platine (top 1 %), Or (top 5 %), Argent (top 15 %), Bronze (top 35 %). Concrètement, cela signifie que la médaille Bronze ne récompense pas un score absolu, mais le fait de faire partie des 35 % meilleures entreprises évaluées au moment de la publication. La barre monte à mesure que les entreprises progressent. C’est une course relative, pas un examen à note fixe.
Pour aller plus loin sur les différences entre labels RSE :
Ce que l’évaluation EcoVadis mesure réellement : 4 piliers, 21 critères, une logique de preuve
EcoVadis évalue les entreprises sur quatre piliers fondamentaux : environnement, social & droits humains, éthique et achats responsables. Chaque pilier est décliné en 21 critères au total, pondérés différemment selon le secteur d’activité, la taille et la zone géographique de l’entreprise. Une PME française de services ne sera pas évaluée sur les mêmes enjeux prioritaires qu’un industriel asiatique.
La mécanique de notation suit un cadre structuré dit P-A-R (Politiques – Actions – Résultats) :
- Politiques (25 %) : des engagements formalisés, datés, validés par la direction
- Actions (40 %) : des mesures concrètes déployées, des certifications tierces, des formations
- Résultats (35 %) : des KPIs chiffrés, un suivi documenté, des actions correctives
Cela veut dire que 75 % du score repose sur ce que l’entreprise fait et mesure réellement, pas sur ce qu’elle dit vouloir faire. Une belle politique RSE sans aucun indicateur de suivi ne génère que peu de points. C’est une logique de preuve, pas de communication.
Un dernier point à ne pas négliger : même avec un bon score global, une entreprise ne peut pas prétendre à une médaille si l’un des quatre piliers est en dessous de 30/100. Travailler uniquement ses points forts ne suffit pas, la performance doit être équilibrée sur l’ensemble des thèmes.
Les médailles en 2025 : ce qui a changé
Deux évolutions récentes à connaître pour calibrer les attentes des clients :
Depuis le 1er janvier 2025, les scores sont affichés au point près (83/100 au lieu de 80/100 auparavant). Quand une réévaluation approche, chaque point devient un indicateur de progression concret, et cette précision aide à prioriser les actions à mener en priorité plutôt que de piloter à la louche.
Pour une PME en première évaluation, qui n’atteint pas encore le seuil d’une médaille, deux badges intermédiaires permettent de valoriser la dynamique auprès des donneurs d’ordre. Le badge Committed (score ≥ 45/100) reconnaît un engagement RSE structuré même sans médaille. Le badge Fast Mover récompense une progression d’au moins 6 points par rapport à l’évaluation précédente sur 18 mois.
Ces badges ont un intérêt pratique réel : certains grands groupes les acceptent comme signal positif dans leurs processus de référencement, le temps que le fournisseur monte en maturité.
Pourquoi les PME fournisseurs n’ont souvent plus vraiment le choix
EcoVadis n’est imposé par aucun texte de loi, mais le contexte réglementaire change la donne.
La directive CSRD, dont les seuils ont été relevés par la loi Omnibus (désormais environ 1 000 salariés et 450 M€ de CA), concerne directement moins d’entreprises qu’initialement prévu. Mais les grands groupes qui y sont soumis doivent documenter les risques RSE de toute leur chaîne de valeur, fournisseurs compris. En pratique, ils répercutent cette exigence sur leurs PME partenaires via des clauses contractuelles, et EcoVadis est l’un des outils qu’ils privilégient pour collecter ces données.
La directive sur le devoir de vigilance (CS3D) adoptée en juillet 2024 renforce la même logique. Pour une PME fournisseur d’un grand groupe, l’évaluation EcoVadis n’est plus un avantage compétitif, c’est une obligation commerciale de fait.
Les données le confirment : plus de 70 % des TPE/PME françaises sont aujourd’hui sollicitées par leurs clients sur les sujets RSE. Et selon une étude de 2026, 69 % des entreprises intègrent désormais des critères RSE dans leurs décisions d’achats. (Les priorités d’Achats 2026, AgileBuyer)
Pour les PME qui franchissent le pas, les bénéfices sont tangibles. Selon EcoVadis, les entreprises disposant de programmes RSE structurés constatent des augmentations de revenus jusqu’à 20 %, et leurs produits et services durables croissent 6 fois plus vite que le reste de leur portefeuille. Un bon score EcoVadis devient ainsi un argument dans les appels d’offres et parfois un critère d’éligibilité sans lequel la PME ne peut tout simplement pas candidater.
Enfin, sur le plan financier, le score EcoVadis commence à peser dans les conditions de financement. Certaines banques, comme ING, proposent des prêts à impact dont le taux d’intérêt est directement indexé sur la performance RSE de l’emprunteur. Plus le score progresse, meilleures sont les conditions. Cette tendance se généralise progressivement dans le secteur bancaire européen. Pour un expert-comptable qui accompagne ses clients sur leur financement, c’est un argument concret à mettre sur la table : structurer sa démarche RSE peut avoir un effet direct sur le coût du crédit.
Le rôle concret de l’expert-comptable dans la démarche EcoVadis
L’accompagnement EcoVadis n’est pas une mission RSE abstraite. Elle repose sur trois compétences que le cabinet maîtrise déjà : la connaissance de l’entreprise cliente, la gestion documentaire et le suivi récurrent. Ce qui change, c’est le cadre dans lequel ces compétences s’appliquent.
Le diagnostic initial : cartographier ce qui existe déjà
Le cabinet n’arrive pas sur ce sujet les mains vides. Le DUERP, les contrats fournisseurs, les données de masse salariale, le registre des traitements RGPD, les éventuelles certifications qualité, l’expert-comptable les connaît, il les a parfois produits. EcoVadis demande précisément ces preuves. La première valeur ajoutée du cabinet n’est donc pas d’apporter une expertise RSE externe, c’est de structurer ce qu’il détient déjà.
Ce pré-diagnostic permet de positionner le client sur les quatre piliers avant même d’ouvrir le questionnaire, d’identifier les lacunes documentaires à combler en priorité, et de calibrer l’effort à prévoir. C’est aussi le moment de recadrer les attentes : une PME qui n’a jamais formalisé sa politique RSE ne vise pas la médaille Or dès la première évaluation. Elle doit viser le badge Committed ou le Bronze, avec un plan de progression sur deux ou trois cycles.
Le bon moment pour proposer ce diagnostic ? Dès qu’un client mentionne une demande de son donneur d’ordre, ou en amont lors d’un bilan annuel pour les PME dont le portefeuille clients inclut des grands groupes. Ne pas attendre que l’urgence soit là.
Structurer la collecte documentaire
C’est le cœur opérationnel de la démarche et le poste le plus chronophage. Le coût le plus lourd d’une première évaluation n’est pas l’abonnement à la plateforme, c’est le temps interne de collecte des preuves. C’est précisément là que le cabinet crée de la valeur.
Concrètement, il s’agit d’organiser les documents pilier par pilier. Pour l’environnement, s’assurer qu’une politique formalisée existe et qu’elle est datée et signée par la direction, identifier si un bilan carbone ou un suivi des consommations énergétiques est disponible. Côté social, vérifier que le DUERP est à jour, que des indicateurs RH sont suivis (taux de formation, absentéisme, accidents du travail). Pour l’éthique, s’assurer qu’une charte ou un code de conduite existe, que la politique de protection des données est documentée. Enfin sur les achats responsables, pilier souvent négligé, vérifier si des critères RSE figurent dans les processus de sélection fournisseurs.
L’expert-comptable ne rédige pas la stratégie RSE du client. Il structure la preuve documentaire de ce que l’entreprise fait déjà, et identifie ce qui manque pour atteindre le niveau visé. C’est une mission de conseil à haute valeur ajoutée, qui s’appuie sur des compétences que le cabinet possède déjà.
Pour les cabinets qui souhaitent aller plus loin dans l’accompagnement structuré des données ESG de leurs clients PME, c’est exactement ce que permet ensō rse. [→ Découvrir comment ensō rse accompagne les cabinets sur les missions RSE]
Accompagner le renouvellement annuel
La scorecard EcoVadis est valable 12 mois. Une fois le score obtenu, l’entreprise doit le renouveler pour conserver sa médaille et idéalement progresser d’un niveau. C’est là que la mission devient structurellement récurrente, et qu’elle prend toute sa valeur dans l’offre du cabinet.
Le renouvellement n’est pas une simple mise à jour administrative. Chaque cycle est l’occasion de renforcer les points faibles identifiés dans le rapport EcoVadis, d’intégrer de nouveaux indicateurs, de formaliser des politiques qui n’existaient pas encore. Pour un client qui vise de passer du Bronze à l’Argent, le cabinet peut construire un plan d’amélioration sur 12 mois, avec des jalons clairs sur chaque pilier.
Cette logique de suivi annuel s’intègre naturellement dans la relation existante. Elle n’impose pas une nouvelle organisation au cabinet, elle enrichit les missions de conseil déjà en place, avec un sujet qui va peser de plus en plus dans la vie commerciale des PME clientes. Sur le plan tarifaire, c’est une mission qui se facture à part, distincte de la mission comptable, et qui contribue à revaloriser le positionnement du cabinet au-delà de la conformité fiscale.
Ce que l’expert-comptable gagne à structurer cette offre maintenant
EcoVadis n’est pas un label de plus. C’est devenu le standard de facto pour l’évaluation RSE dans les chaînes d’approvisionnement B2B, avec des règles du jeu qui durcissent chaque année. Les percentiles montent, les exigences CSRD se propagent en cascade aux fournisseurs, et les PME qui ne savent pas répondre perdent des marchés.
La question n’est pas « l’expert-comptable est-il légitime sur EcoVadis ? ». Les données sont déjà là, dans les fichiers qu’il gère chaque jour. Il s’agit de les structurer autrement.
Expliquer EcoVadis à un client. Structurer son diagnostic. Organiser sa collecte de preuves. Piloter son renouvellement. Ce n’est plus de la pédagogie RSE. C’est une mission de cabinet.
Vous accompagnez des PME clientes confrontées à une demande EcoVadis de leurs donneurs d’ordre ?
FAQ EcoVadis
Une médaille EcoVadis (Bronze, Argent, Or ou Platine) est attribuée selon le rang percentile de l’entreprise parmi l’ensemble des entreprises évaluées dans son secteur. Depuis 2024, les seuils sont dynamiques et recalculés chaque année. La médaille est valable 12 mois à compter de sa publication : au-delà, l’entreprise doit renouveler son évaluation pour conserver un score à jour.
Une certification ISO (14001, 9001…) atteste qu’un système de management est conforme à une norme précise, après audit sur site par un organisme accrédité. Le résultat est binaire : certifié ou non. EcoVadis est une évaluation documentaire comparative. Elle attribue un score sur 100 et positionne l’entreprise par rapport à ses pairs. Les deux logiques sont complémentaires. Une certification ISO solide alimente d’ailleurs directement le score EcoVadis sur les piliers concernés.
Parce qu’il connaît déjà l’entreprise dans sa globalité : ses flux financiers, ses contrats fournisseurs, sa masse salariale, ses certifications. Une grande partie des preuves documentaires attendues par EcoVadis est précisément ce que le cabinet côtoie au quotidien. Ce n’est pas une mission RSE qui part de zéro, c’est une réorganisation de ce qui existe déjà, avec un cadre et une méthode.
Le meilleur point d’entrée est rarement « avez-vous pensé à EcoVadis ? ». C’est plutôt une question posée lors du bilan annuel : « Avez-vous des grands groupes dans votre portefeuille clients ? Vous ont-ils déjà demandé des informations sur vos pratiques RSE ? » Si la réponse est oui ou « pas encore » le terrain est ouvert. La mission ne se positionne alors pas comme une obligation supplémentaire. Mais comme une façon d’anticiper une demande qui arrive de toute façon.